Restaurer l'équilibre, un appel du Vivant à travers le feu
- Lorraine

- 1 août
- 6 min de lecture
Le feu n'est jamais le premier signe. Il est le dernier avertissement. Cet été, la Gironde a brûlé, et avec elle, quelque chose en moi a été rappelé à l'ordre.

Ce que le feu couvait avant de se voir
Le feu ne naît pas le jour où l'on voit les flammes.
Il commence bien avant, dans une terre qui manque d'eau, dans une forêt qui attend la pluie, dans un équilibre qui s'est lentement déréglé.
Peut-être en est-il de même pour nos vies.
Nous croyons que tout bascule en un instant. Pourtant, ce qui nous bouleverse aujourd'hui est souvent le fruit de petits déséquilibres que nous n'avons pas vus grandir.
Les incendies qui ont ravagé la région de Bordeaux ne parlent pas seulement du feu. Ils parlent de l'équilibre.
De celui de la Terre.
Du mien.
Du nôtre.
Le 24 juillet, je quittais Bordeaux pour rejoindre le sud de la France. Depuis plusieurs jours déjà, les incendies ravageaient la région. Les flammes progressaient, les évacuations se multipliaient, et une pensée ne cessait de m'accompagner dans le train : la maison de l'une de mes élèves, à L'Herbe, si proche du feu.
En arrivant, j'appelle mes parents.
Ma mère est inquiète. Elle me dit que sa valise est prête. Elle envisage de passer la nuit chez ma sœur, par précaution.
Je la rassure.
J'ai regardé les cartes. Le feu paraît encore loin. Rien ne semble annoncer ce qui va suivre.
Le lendemain, avant même que le soleil ne soit levé, j'ouvre les yeux.
Mon téléphone m'attend.
Pendant la nuit, mes parents ont été évacués. Ils ont quitté leur maison avec quelques affaires, emmenant aussi mon vieux chat.
En un instant, tout bascule.
Ne pas être là.
Ne pas pouvoir aider.
Ne pas savoir si la maison sera encore debout à mon retour.
Et puis cette pensée qui serre le cœur : tous mes objets de médecine sont restés là-bas. Ceux qui m'accompagnent depuis tant d'années.
Le mental cherche immédiatement des réponses.
Le cœur, lui, cherche une autre direction.
Lorsque les mots deviennent trop petits, la cérémonie de la Pipe Sacrée
Je ne voyage jamais sans ma Pipe Sacrée.
Ce jour-là, j'ai compris pourquoi.
Face à l'inquiétude et à l'impuissance, je savais qu'il n'y avait qu'une seule chose à faire : entrer dans la prière.
Je me suis installée dehors, dans le silence. J'ai préparé la Pipe Sacrée et j'ai commencé la cérémonie.
Comme dans chaque cérémonie de la Pipe Sacrée, j'ai honoré les quatre directions, la Terre Mère, le Créateur, et ce qui vit à l'intérieur de moi.
Durant les prières aux directions, au moment venu, je me suis adressée aux Êtres du Tonnerre. J'ai porté cette prière :
« Si telle est la volonté du Créateur et des Esprits, que les Êtres du Tonnerre fassent venir la pluie sur les incendies près de Bordeaux. »
À peine cette prière prononcée, une pluie très fine est venue toucher la terre autour de moi.
Lorsque la cérémonie s'est achevée, les gouttes étaient devenues abondantes.
Alors j'ai simplement demandé :
« Que cette pluie aille là où elle est attendue. Pas ici. Sur Bordeaux. Là où le feu dévore les forêts, les maisons et les êtres vivants. »
Quelques heures plus tard, la nouvelle est arrivée.
Il pleuvait sur Bordeaux.
À cet instant, je n'ai pas seulement ressenti de la joie.
J'ai éprouvé une profonde gratitude.
Comme si le Ciel répondait : Nous t'avons entendue.
Dans les traditions amérindiennes, la Pipe Sacrée n'est pas un objet auquel on demande des miracles.
Elle est un chemin de relation.
Elle nous rappelle que lorsque le cœur prie avec sincérité, le visible et l'invisible recommencent à dialoguer.

Le feu parle lorsque nous n'écoutons plus
Pendant cette cérémonie, un message est venu.
Simple.
Profond.
Les Esprits m'ont rappelé que rien n'apparaît soudainement. Lorsque les flammes deviennent visibles, elles ne sont jamais le commencement. Elles révèlent simplement ce qui, depuis longtemps déjà, demandait à être entendu.
Les arbres, les animaux, la Terre... tous participent à un même équilibre. Lorsque cet équilibre se fragilise, le Vivant finit toujours par parler.
Parfois, il murmure.
Parfois, il crie.
Les incendies ne sont pas une punition.
Ils sont un langage.
Le langage d'une Terre qui appelle ses enfants :
À se souvenir d'où ils viennent.
À se souvenir de l'équilibre.
À reprendre leur place au sein du Vivant.
Pendant cette prière, il m'a été montré que le règne végétal et le règne animal acceptaient le sacrifice de leur vie. Non par résignation, mais parce qu'ils savent que toute vie appartient à un cercle bien plus vaste que notre compréhension.
Le véritable drame n'est peut-être pas seulement la forêt qui brûle.
Le véritable drame serait que nous ne changions rien après avoir vu ces flammes.
Les flammes ne sont pas venues créer le déséquilibre.
Elles sont venues nous le révéler.
Le feu n'est pas notre ennemi.
Pas plus que la pluie n'est notre sauveuse.
L'un et l'autre nous rappellent que La Terre n'a de cesse d'essayer de maintenir son équilibre.
Le feu m'a aussi parlé de moi, retrouver son équilibre intérieur
À la fin de la cérémonie, une autre invitation est venue.
Beaucoup plus intime.
« Ne regarde pas seulement les flammes à l'extérieur. Regarde celles qui brûlent en toi. »
Depuis quelque temps, mes prières quotidiennes étaient devenues plus rares.
Sans m'en rendre compte, je m'étais laissée reprendre par les préoccupations du monde.
Le travail.
Les responsabilités.
Les projets.
Rien de mauvais.
Mais peu à peu, le fil qui me reliait au Créateur s'était légèrement distendu.
La Pipe Sacrée me l'a montré avec beaucoup d'amour.
Et avec beaucoup de vérité.
Retrouver l'équilibre, la responsabilité sacrée de l'être humain
Les Hopis nous enseignent qu'ils se considèrent comme les gardiens de l'équilibre de la Terre.
Cette responsabilité n'est pas un pouvoir sur le monde.
C'est un engagement envers le Vivant.
Car l'être humain n'est pas séparé de la Terre. Ses pensées, ses paroles et ses actes participent à l'équilibre ou au déséquilibre du Grand Cercle.
Les Hopis portent depuis des générations cette conscience : lorsque l'être humain oublie sa relation sacrée avec le Créateur et avec toutes les formes de vie, c'est l'ensemble du monde qui en ressent les conséquences.
Peut-être est-ce maintenant à nous de nous joindre à cette responsabilité. De nous souvenir que nous aussi, nous sommes des gardiens de l'équilibre.
Cette relation sacrée passe, dans la tradition Hopi, par ce qu'on appelle les Centres Vibratoires, ces portes intérieures qui nous relient au Créateur. Je transmets cet enseignement dans mes cours, pour celles et ceux qui veulent aller plus loin dans cette reconnexion.

Une prière pour restaurer l'équilibre
Créateur,
Que nos cœurs retrouvent le chemin de l'équilibre.
Que nous nous souvenions que nous appartenons à la Terre,
Et non que la Terre nous appartient.
Que nos pensées soient justes.
Que nos paroles soient vraies.
Que nos actes honorent le Vivant.
Que nous retrouvions l'humilité d'écouter les arbres,
Les rivières,
Les animaux,
Les pierres,
Et les silences qui enseignent.
Que les cœurs séparés redeviennent UN.
Que nous retrouvions la joie de prier,
La joie de remercier,
La joie de danser pour la Vie.
Que ce feu, ne soit pas seulement une perte, mais aussi un rappel.
Qu’il vienne réveiller le feu sacré qui sommeille en nous.
Apprenons à remercier avant même de recevoir.
Car la gratitude est déjà une manière de restaurer l'équilibre.
ASKWALI.
En hopi, ce mot signifie « merci ».
Un merci offert à la Terre, au Créateur, aux êtres visibles et invisibles, et à tout ce qui nous rappelle, chaque jour, le chemin de l'équilibre.
Pour aller plus loin
Si cet article a résonné en toi, si toi aussi tu ressens l'appel à retrouver une relation plus profonde avec le Vivant, avec le Créateur et avec ton propre chemin intérieur, je t'invite à explorer les enseignements de la Voie Hopi.
À travers mes enseignements, je transmets aussi les grands piliers de la sagesse Hopi : les 13 Grand-Mères, les Kachinas, les Signes Sacrés, les Paroles Rondes.
Rejoindre la communauté Terre de Reliance.
Vivre un soin au grand tambour.
Ou venir me retrouver en atelier au Studio Yoga With You, au Bouscat.
Rejoindre la communauté Terre de Reliance. Vivre un soin au grand tambour. Ou venir me retrouver en atelier au Studio Yoga With You, au Bouscat
Le feu ne demande pas qu'on le pleure. Il demande qu'on se souvienne de prier.
ASKWALI












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