La Lune du Retour des Grenouilles Pierre n°17 dans la Roue de Médecine de Sun Bear Du 20 avril au 20 mai
- Lorraine

- il y a 16 heures
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Au bord d'un étang provençal, dans le souvenir d'une nuit de mai, les grenouilles chantaient leur prière au printemps. C'est dans le souvenir de ce lieu chargé d'invisible que j'ai voulu vous parler de la Lune du Retour des Grenouilles, dix-septième pierre dans la Roue de Médecine de Sun Bear. Une lune de purification et de discernement, qui nous invite à construire avec patience et vision, à distinguer ce qui nous nourrit vraiment de ce qui nous épuise, et à chercher, dans le geste juste du quotidien, notre propre illumination.

Un lieu entre deux mondes
Cette lune du Retour des Grenouilles me fait penser à un endroit en Provence que j'aime particulièrement. Le Moulin de Gémenos.
Il se trouve sur la route qui monte vers la Sainte-Baume, à la lisière de la forêt de Saint-Pons, là où la garrigue provençale cède soudain la place à quelque chose d'inattendu, des hêtres, des charmes, des tilleuls immenses, des ifs centenaires. La montagne protège cette vallée et y crée un monde à part. Au cœur de cette forêt coule le Fauge, un torrent d'une pureté rare dont la source ne se tarit jamais. Constant, discret, fidèle. Des moniales cisterciennes du XIIIe siècle ont posé leurs pierres au bord de ses eaux, comme si elles aussi avaient su reconnaître quelque chose.
Et au-dessus de tout cela, la Sainte-Baume veille. Dans sa falaise se trouve la grotte de Marie-Madeleine, forêt sacrée depuis bien avant elle. Les anciens Grecs y honoraient déjà Artémis, déesse du féminin. Marie-Madeleine n'est pas arrivée par hasard. Elle est venue rejoindre quelque chose qui était déjà là.
Il y a des endroits où l'invisible est plus proche. Gémenos est l'un d'eux.
Mon compagnon et moi y avons séjourné plusieurs fois, au bord de l'eau, en communion avec la nature. Et en cette saison, au crépuscule, quand le monde se posait enfin, elles commençaient.
Les grenouilles.
Un chant d'abord discret. Une voix. Puis deux. Puis des dizaines, qui s'élevaient des roseaux, depuis les eaux sombres, depuis l'invisible. Une prière qui s'élevait dans la nuit tiède.
« L'hiver a fini son œuvre. Nous célébrons le printemps. Il nous entend. Il se déploie. »
La lumière sur l'eau. Les saules immobiles. Le Fauge qui murmurait dans l'obscurité, fidèle, inépuisable. Ici les cycles ne sont pas des concepts. Ils se voient. Ils s'entendent. Ils se vivent.
C’est le souvenir de ce lieu que j'ai voulu vous parler de cette lune.
La Lune du Retour des Grenouilles dans la Roue de Médecine de Sun Bear
La Lune du Retour des Grenouilles dans la Roue de Médecine de Sun Bear est la dix-septième pierre de la roue. Elle s'étend du 20 avril au 20 mai.
C'est la deuxième lune de Wabun, le Gardien de l'Est, direction de l'éveil, du renouveau, de la lumière qui ouvre les yeux après le long sommeil. Mais si la première lune de Wabun, celle de Buse à queue rousse, portait l'élan du premier souffle printanier, celui qui se lève et s'élance, celle-ci est plus lente. Plus terrestre. Plus ancrée.
Elle appel au sens du concret et de l'engagement dans la durée. Elle nous invite à avancer pas à pas, avec solidité et discernement, en restant connectés à la réalité.
Elle monte de la boue.
Elle arrive depuis les eaux qui s'éveillent, depuis les profondeurs où quelque chose a attendu en silence tout l'hiver. Et elle chante.
Sun Bear nous dit que cette lune nous encourage à chercher toute illumination spirituelle que nous pouvons trouver. Marie-Madeleine, elle, a choisi trente ans de silence dans la falaise de la Sainte-Baume. Une façon radicale et absolue de répondre à cet appel.
Nous, c'est dans le quotidien que cette lune nous invite à chercher le nôtre. Dans le geste juste. Dans la façon dont on prépare la terre avant de semer. Dans cette qualité de présence que l'on apporte à ce que l'on construit.
C'est une lune de mise en œuvre consciente. De transition entre le désir et l'acte.
La médecine de la grenouille
La grenouille est une créature des deux mondes.
Elle naît dans l'eau, respire sous la surface, et un jour elle se métamorphose et vient vivre à l'air libre. Elle n'appartient pleinement ni à l'un ni à l'autre. Elle est le pont vivant entre les profondeurs et le ciel. Sa médecine est celle de la purification.
Dans de nombreuses traditions, elle est gardienne des eaux, messagère des pluies, alliée de toutes les grandes transformations. Appeler la grenouille, c'est appeler les pluies qui nettoient, qui fertilisent, qui font naître ce qui était en graine sous la terre froide.
Elle nous enseigne aussi quelque chose de très subtil : la capacité de vivre dans deux états à la fois. Dans ce que l'on quitte et dans ce que l'on devient. Dans l'eau du passé et dans l'air de ce qui s'ouvre.
N'est-ce pas exactement là où nous en sommes ?
Les vents de mars ont tout bousculé. L'élan de la Buse à Queue rousse nous a mis en mouvement. Et maintenant, dans ce sol retourné, encore humide, encore tendre, quelque chose cherche à percer.
La grenouille chante pour l'appeler.
Comme le Fauge qui coule sans jamais s'arrêter, même quand personne ne le regarde, il y a en nous quelque chose qui continue. Qui attend. Qui sait que le moment viendra.
Cette lune nous demande de lui faire confiance.

Les alliés de cette lune
Chaque lune dans la Roue de Médecine nous offre des compagnons de route. Pour cette Lune du Retour des Grenouilles, quatre alliés marchent à nos côtés.
Le Castor est l'animal totem de cette période. Patient, ingénieux, bâtisseur infatigable et les natif l’appel aussi le bâtisseur de rêve car il a la vision de ce qu’il va édifier. Il ne construit pas dans l'urgence ni dans l'enthousiasme brûlant du débutant. Il bâti dans la durée, branche après branche, avec une compréhension profonde de ce dont il a besoin pour traverser les saisons à venir. Il ne se demande pas si son œuvre sera admirée. Il la construit parce qu'elle est nécessaire.
Qu'est-ce que je suis en train de construire, vraiment ? Et mes fondations sont-elles solides ?
La Chrysocolle est la pierre de cette lune. Douce, bleu-verte, comme l'eau du Fauge au printemps. Ce bleu profond et tranquille qui marie le ciel et l'eau, le visible et l'invisible.
La couleur bleu de cette lune. Cette couleur irradie des sentiments de paix, de bonheur et d’énergie subtile. Avoir ce bleu près de vous vous aidera à être heureux de ce qui constitue votre entourage, satisfait de votre vie émotionnelle, à vivre dans l’harmonie en goutant le bonheur de ce que vous amené la vie.
Le Camas bleu est la plante médecine. Cette belle fleur sauvage de la famille des lys, d'un bleu profond et généreux, était une nourriture de base pour de nombreux peuples amérindiens, une donneuse de vie, disaient-ils. Elle nourrit autant le corps que l'âme de ceux qui savent la reconnaître. Mais elle porte aussi un enseignement de discernement : une plante voisine, qui lui ressemble à s'y méprendre, est mortellement toxique. La nature pose ici une question simple et radicale.
Tout ce qui ressemble à de la nourriture n'en est pas.
Savoir distinguer ce qui nous nourrit vraiment de ce qui nous empoisonne lentement, dans ce que nous mangeons, dans ce que nous regardons, dans ce que nous écoutons, dans les liens que nous entretenons. C'est l'une des sagesses les plus précieuses que cette lune nous invite à pratiquer. Et toi, qu'est-ce que tu continues d'absorber qui ne te nourrit plus ?
Ces questions, laisse-les travailler en toi. Elles ont leur propre rythme.

L'ombre de cette lune
Le castor est un bâtisseur de rêve admirable. Il voit avant de construire. Il tient la vision et avance, branche après branche, sans se décourager.
Mais il lui arrive aussi de s'enfermer dans cette vision. De ne plus voir au-delà de ce qu'il a imaginé. De confondre la constance avec la rigidité. La stabilité avec l'immobilité.
Cette lune porte en elle cette invitation à regarder honnêtement.
Est-ce que je construis avec vision et constance ou est-ce que je m'accroche à une façon de faire qui ne laisse plus rien entrer ?
Est-ce que je cherche la stabilité ou est-ce que je me cache dans le confort pour ne pas avoir à changer ?
Et ces émotions que je garde enfouies sous le travail, sous les projets, sous l'agitation du faire, qu'est-ce qu'elles auraient à dire si je leur donnais un peu d'espace ?
La grenouille, elle, ne garde rien en silence. Elle chante tout ce qu'elle porte.
Il y a aussi dans cette lune une notion que j'aime beaucoup, celle de la chance. Non pas la chance qui tombe du ciel, mais celle qui émerge naturellement d'un travail aligné. Quand ce que l'on construit vient du bon endroit en soi, quand le geste est juste et l'intention pure, quelque chose se met à coïncider. Les bonnes rencontres arrivent. Les portes s'ouvrent sans qu'on ait eu à les forcer.
La chance, dans cette lune, a le goût du Fauge. Elle ne tarit pas. Mais elle demande qu'on reste aligné pour continuer à la recevoir. C'est quand on a fait ce travail intérieur, honnêtement, sans se ménager, qu'on peut vraiment recevoir ce que le printemps offre. Et ce qu'il offre est d'une beauté époustouflante.
Ce que cette lune nous demande
Il y a ce moment du printemps que l'on manque souvent parce qu'il passe trop vite.
Ces premières feuilles d'un vert si tendre, si lumineux, presque transparent dans la lumière. Fragiles. Nouvelles. Pas encore tout à fait là.
Ce n'est pas encore la feuille. C'est la promesse de la feuille.
Nous sommes là.
Et c'est précisément là que tout commence.
Parce que regarder éclore ne suffit pas. Il faut savoir accompagner ce qui émerge. L'accompagner. Construire autour de lui l'espace dont il a besoin pour durer. Comme le castor qui ne cède pas à l'impatience. Comme le Fauge qui ne force rien et qui pourtant ne s'arrête jamais.
Cette lune nous invite à préparer le jardin de notre vie, non pas comme une liste de tâches, mais comme le jardinier qui sait que le printemps ne se force pas. Il se soutient. Il se protège. Il se regarde pousser.
Et derrière chaque geste, elle nous pose cette question :
Est-ce que ce que je construis vient de la peur, du besoin d'être vu ou de quelque chose de plus profond, de plus silencieux, de plus vrai ?

Pratiques pour honorer cette lune
Écoute les eaux. Si tu as accès à un lac, une rivière, une mare ou un simple ruisseau, prends le temps de t'y arrêter. Pas pour faire quelque chose. Pour écouter. L'eau a beaucoup à dire en ce moment. Et si les grenouilles s'y font entendre, laisse leur chant te traverser. Ne l'analyse pas. Reçois-le.
Le journal du Camas. Prends un moment d'écriture avec cette double question : qu'est-ce que je continue d'absorber : dans mon alimentation, mes relations, mes habitudes, les informations que je consomme, qui me fait du mal sans que je l'aie vraiment choisi ? Et à l'inverse : qu'est-ce qui me nourrit vraiment, en profondeur, et auquel je ne laisse pas assez de place ?
Prépare ton jardin intérieur. Concrètement ou symboliquement plante quelque chose. Une graine dans la terre, une intention dans ton carnet, un projet que tu portes depuis trop longtemps sans lui donner de sol. Le geste est la prière.
Un rituel simple avec l'eau. Remplis un bol d'eau au matin. Tiens-le entre tes deux mains. Remercie les eaux qui reviennent, les pluies qui nettoient, les grenouilles qui chantent. Puis asperge légèrement ton visage ou verse cette eau dans la terre, en offrande. Simple. Vrai. La Terre-Mère sait recevoir.
Et toi ?
Ce soir, si tu sors et que tu tends l'oreille, peut-être les entendras-tu.
Ce chant qui monte de nulle part et de partout à la fois. Ce chœur patient, continu, qui ne demande rien et offre tout.
La grenouille ne retient pas son chant. Elle ne chante pas pour être entendue, ni pour convaincre. Elle chante parce que c'est sa façon d'être pleinement vivante dans la nuit de mai.
« L'hiver a fini son œuvre. Nous chantons notre prière qui célèbre le printemps. Il nous entend. Il se déploie. »
Et si toi aussi, tu laissais s'élever ce qui chante en toi depuis trop longtemps ?
Pas pour que le monde l'entende.
Pour que toi, tu l'entendes.
Chante ta prière. La terre l'entend toujours.
Pour aller plus loin
Si cette lune t'a parlé et que tu souhaites explorer la Roue de Médecine de Sun Bear en profondeur, je t'invite à découvrir mes enseignements et à rejoindre notre communauté pour cheminer ensemble à travers les cycles de la Terre.
Tu peux également réserver un soin au tambour pour accompagner cette période de transformation, une pratique puissante pour libérer ce qui stagne encore et accueillir pleinement ce qui cherche à naître.
Et si tu es dans la région bordelaise, retrouve-moi aux ateliers du studio Yoga With You au Bouscat pour vivre ces enseignements en groupe, dans un espace de douceur et de reliance.
Cheminer à travers les lunes de la Roue
La Roue de Médecine de Sun Bear se vit comme un voyage continu, une lune après l'autre, une pierre après l'autre. Si tu souhaites cheminer à travers toutes les lunes que j'ai explorées, voici les articles déjà publiés :
Chaque lune est une porte. Chaque pierre,
une invitation à aller plus loin sur le chemin.












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