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Protection de la sagesse Hopi : pourquoi les femmes ont plus de mal à poser des limites

  • Photo du rédacteur: Lorraine
    Lorraine
  • il y a 8 minutes
  • 8 min de lecture
Il y a des enseignements qui ne s'expliquent pas.
Ils se vivent, dans le corps, avant même de se comprendre.
Celui-ci m'est venu par une plante, en 2010.
Aujourd'hui, je te parle de protection, de frontières sacrées, et de ce cercle que nous pouvons tracer autour de nous.

Illustration stylisée d'une femme vue de dos, cheveux blonds bouclés, entourée d'un cercle de lumière dorée tracé finement autour d'elle, sur un fond de désert au lever du jour.
Le cercle que je n'avais jamais su tracer

Ce que la plante m'a appris


En 2010, j'ai commencé une diète de plante selon la tradition Shipibo, ici en Europe, avec une plante européenne. La diète de plante est une méthode de guérison shipibo, pas le nom d'une plante en particulier. C'est ce cadre traditionnel que j'ai suivi, avec une plante de chez nous.


Je ne savais pas encore ce qu'elle allait m'enseigner. Je suis devenue brusquement consciente de ce qui pouvait entrer dans mon espace et perturber le travail énergétique de la plante. Mon attention s'est aiguisée. Je me suis mise, par exemple, à ne plus toucher les autres. Pas parce que j'avais peur d'eux, mais parce que je sentais que quelque chose devait être préservé. C'était difficile à expliquer. Cela pouvait même sembler excessif vu de l'extérieur. Pourtant, pour moi, c'était très concret.


Je pense souvent au parallèle avec le Covid. Nous avons tous fait, pendant cette période, l'expérience d'une attention nouvelle à l'invisible. Nous faisions attention à ce que nous touchions, à ce qui pouvait entrer dans notre corps, à ce qui pouvait le contaminer.


Avec la plante, j'ai vécu quelque chose qui m'a fait penser à cela, mais sur un autre plan.

La plante m'avait rendue attentive à ce qui pouvait entrer dans mon espace et perturber son travail. Et c'est peut-être là que se trouve le véritable enseignement : pour protéger quelque chose, il faut d'abord lui porter attention. En prenant soin de la plante, j'apprenais aussi, sans le savoir encore, à prendre soin de mon propre espace. Quelque chose s'était éveillé en moi : une vigilance nouvelle, non pas fondée sur la peur, mais sur la conscience de ce que j'étais en train de préserver.

Et cette conscience ne m'a plus quittée.


Pourquoi cette frontière m'était-elle si étrangère ?

J'ai toujours eu du mal à dire non.

Surtout face au masculin.


Un regard insistant.

Une place prise sans qu'on la demande.

Une main posée sur mon épaule.

Une proximité que je n'avais pas choisie.

Je me taisais.

Je laissais faire.


Et souvent, je ne réalisais même pas que quelque chose avait été franchi.

C'est peut-être cela qui m'a le plus frappée avec la plante. Elle avait rendu visible quelque chose que je n'avais jamais vraiment regardé : mon espace.


Avant elle, je ne m'étais jamais vraiment demandé ce que je laissais entrer.

Est-ce une nature, ou une éducation ?

Je me suis longtemps posé la question sans oser y répondre.


La psychologie sociale étudie depuis plusieurs décennies la manière dont les filles apprennent, très tôt, à être attentives aux besoins des autres avant les leurs.

À être gentilles.

À ne pas faire de peine.

À céder plutôt qu'à heurter.

À préserver la relation, parfois au détriment de leur propre espace.

Ce n'est pas une faiblesse que l'on porterait en naissant.

C'est une transmission.

Et cette transmission n'est pas seulement individuelle.

Elle s'inscrit dans une culture, dans une éducation, dans une manière d'apprendre aux filles et aux femmes à habiter le monde.


Toutes les cultures ne nous apprennent pas à habiter notre espace de la même manière.

Dans certains peuples autochtones, cette conscience de l'espace, des limites et de ce qui peut ou ne peut pas entrer dans notre champ est beaucoup plus présente.

C'est notamment ce que j'ai découvert dans les enseignements Hopi : une autre manière de comprendre la protection, et notamment la protection de ce qui est sacré.


Ce qu'enseigne la protection de la sagesse Hopi


Notre culture nous apprend souvent à penser la limite comme quelque chose de social. Une règle de politesse. Une frontière entre deux personnes. Les enseignements que j'ai reçus m'ont amenée à la considérer autrement, comme un espace à protéger parce qu'il est sacré.

Dans la tradition Hopi, il existe une Kachina qui enseigne aux jeunes filles la manière de protéger et de délimiter leur espace.

Cet enseignement m'a profondément touchée parce qu'il ne parle pas simplement de savoir dire non. Il parle d'une conscience beaucoup plus ancienne : celle de savoir où se trouve son propre espace, de le reconnaître et de ne pas laisser n'importe quoi le franchir.


Dans la Voie des Femmes, nous recevons cet enseignement à travers cette Kachina.

Je ne vais pas en dévoiler le contenu précis, dans la tradition Hopi, ce qui est sacré est aussi secret. Ce qui est transmis dans un cercle d'enseignement n'a pas vocation à être exposé au dehors.

Mais je peux en partager ce qu'il a éveillé en moi.

Une femme doit savoir où commence son espace sacré.

Et où il s'arrête.

Ce n'est pas une question de méfiance envers le monde.

C'est une question de conscience.

Car si je ne sais pas où se trouve mon espace, comment pourrais-je savoir ce qui peut y entrer ?


Un mur, ou une frontière ?


Un mur naît d'une blessure.

Il se dresse dans l'urgence, et il ne fait pas de tri.

Il arrête tout.

Le mauvais.

Le bon aussi.


Une frontière sacrée est différente.

Elle se pose en conscience.

Elle ne dit pas : rien n'entre.

Elle dit :

Ici, je commence.

Là, tu commences.


Chacun porte déjà un espace autour de son corps.

On en construit d'autres, sans même y penser.

Les murs d'une maison.

Une place dans une voiture.

Un bureau.

On vit dans des limites, tous les jours.


Mais les femmes oublient souvent d'en tracer une pour elles-mêmes.

Dans une histoire d'amour.

Dans une famille.

Dans leur propre salon.


Et lorsque l'on a longtemps laissé entrer sans vraiment regarder, il devient difficile de savoir où poser la limite.


C'est là que la conscience commence.


Ton corps est sacré


Ton corps porte déjà cette frontière, avant même que tu la penses.

Il est sacré.

Pas parce qu'on te l'a dit.

Parce qu'il te contient, toi, en entier.

Poser une frontière sacrée autour de lui, ce n'est pas se fermer.

C'est reconnaître ce qu'il vaut.

Lorsque quelqu'un franchit ton espace sans ton consentement, quelque chose en toi peut se sentir envahi.

Apprendre à reconnaître cette sensation, c'est déjà commencer à se protéger.

Et chaque fois que tu poses un non clair, tu honores ton espace.

Se respecter commence là.

Dans ce cercle que l'on ose enfin tracer autour de soi.


Entrer chez l'autre sans y être invité


Il y a aussi ceci, dans cet enseignement.

Ne jamais franchir l'espace sacré de quelqu'un sans sa permission.

Le faire, c'est entrer dans un espace qui ne nous appartient pas.

Combien de fois suis-je entrée dans l'espace d'un autre sans y être conviée ?

Combien de fois ai-je laissé un autre entrer dans le mien, en pensant que dire non serait égoïste ?

La frontière fonctionne dans les deux sens.

Elle protège mon espace.

Et elle m'apprend à respecter celui de l'autre.

Illustration stylisée de pieds nus posés sur la terre, entourés d'un fin cercle de lumière tracé au sol, avec de douces lignes d'énergie s'élevant vers le haut, lumière de l'aube.
 Ici, je commence

Un rituel quotidien de protection


Ce rituel n'est pas un rituel Hopi.

Je l'ai construit à partir de ce que j'ai compris de cet enseignement et de ce que la plante m'a appris : la protection commence par l'intention.

Je te conseille de le faire le matin, avant d'entrer dans le mouvement de la journée.


1. Reviens dans ton corps

Debout, les pieds posés au sol, prends quelques respirations lentes.

Ne cherche pas à te détendre.

Cherche simplement à être là.

Sens ton corps.

Sens ses contours.

Prends conscience de l'espace qu'il occupe.

2. Visualise ton espace protecteur

Ferme les yeux et imagine autour de ton corps une enveloppe protectrice.

Elle peut prendre la forme d'une bulle, d'un œuf, d'un cercle de lumière.

Ne cherche pas à lui donner une forme parfaite.

L'important est de sentir que ton espace est là, tout autour de toi.

Imagine que cette enveloppe protège ton espace sans t'enfermer.

Tu peux respirer.

Tu peux voir.

Tu peux entendre.

Tu peux aller vers les autres et les autres peuvent venir vers toi.

Mais tout ne franchit pas cette limite.

C'est toi qui choisis ce qui entre.

3. Nomme ce que tu protèges

Pose une main sur ton cœur et l'autre sur ton ventre.

À voix haute, si tu le peux, dis lentement trois fois :

« Je suis souveraine dans mon espace.

Je protège mon cercle et je respecte le tien. »

Puis reste quelques secondes dans le silence.

Puis commence ta journée.


Et dans la journée ?


Il n'est pas nécessaire de refaire tout le rituel.

Si tu sens qu'une personne, un lieu ou une situation prend trop de place, arrête-toi quelques secondes.

Reviens à ton corps.

Sens tes pieds.

Respire.

Puis visualise à nouveau cette enveloppe autour de toi.

Et tu peux te dire intérieurement :

« Je suis souveraine dans mon espace.

Je protège mon cercle et je respecte le tien. »

Reste quelques secondes dans cette sensation.

Puis reprends ta journée.


Ce que la plante a réveillé


Ma diète ne m'a pas appris à me fermer au monde.

Elle m'a appris à être attentive.

Pour prendre soin de la plante et respecter le travail qu'elle était venue accomplir, j'ai dû devenir consciente de ce qui pouvait entrer dans mon espace.

Et en prenant soin d'elle, j'ai commencé à comprendre que je devais aussi prendre soin de moi.


Une frontière n'est pas un rejet.

C'est une forme de respect.

Respecter ce qui m'est confié.

Respecter ce qui se passe en moi.

Respecter mon propre espace.

Se protéger, ce n'est donc pas se fermer au monde.

C'est savoir où l'on se tient, et être consciente de ce que l'on laisse entrer.

Pas par peur.

Par respect de ce qui est sacré.


Et le soir ?


Le cercle de protection peut aussi être posé avant de dormir.

Dans notre culture, nous avons appris à protéger notre maison, à fermer nos portes et nos fenêtres, à vérifier les serrures. Nous pensons beaucoup moins à protéger notre espace lorsque nous dormons.


Pourtant, dans les traditions que j'ai rencontrées, le monde ne s'arrête pas à ce que nous pouvons voir. Il s'étend aussi au monde invisible. Le sommeil est un autre état de conscience.


Le soir, avant de t'endormir, prends quelques instants pour revenir dans ton corps.

Visualise ton cercle, puis récite la même prière.


La protection n'est pas un geste que l'on fait une fois pour toutes.

Elle est une attention.

Une conscience.

Un soin que l'on porte à son propre espace.


Pour aller plus loin


Si, en lisant ces mots, tu as reconnu quelque chose de ton propre chemin, tu peux poursuivre cette exploration.

La Voie des Femmes

Cet enseignement fait partie de la Voie des Femmes, une transmission de femme à femme autour du corps, de la souveraineté, de la relation au monde et de ce que nos mères et nos grand-mères n'ont pas toujours pu nous transmettre.

Un chemin pour retrouver, pas à pas, sa propre voix et habiter pleinement son espace.


Les enseignements

La Voie des Femmes n'est qu'un des enseignements que je transmets.

D'autres chemins existent, chacun ouvrant une porte différente vers une compréhension plus profonde de soi, du vivant et de la tradition Hopi.


Vivre un enseignement en présence

Certains enseignements prennent une autre dimension lorsqu'ils sont vécus dans un cercle, en présence des autres.

Si tu es près de Bordeaux, je propose des ateliers au Studio Yoga With You, au Bouscat.


La communauté

Les enseignements prennent une autre dimension lorsqu'ils sont vécus et partagés avec d'autres.

La communauté est un espace pour poursuivre le chemin, échanger, poser ses questions et ne plus avancer seule.


« Celui qui connaît son cercle connaît aussi sa place dans le monde. »

ASKWALI


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